Réinnervation ciblée

Parfois, la façon dont les patients sont amputés peut compromettre l’utilisation d’une prothèse myoélectrique. En effet, plus l’amputation va être proximale et plus il est difficile de faire fonctionner une telle prothèse. Plus le moignon va être petit et plus le membre artificiel va comporter d’éléments à contrôler, seulement plus il sera petit et moins il y aura de muscles disponibles sur lesquels on peut récolter des signaux myoélectriques. Contrôler plus d’éléments avec moins de muscles relève de l’impossible. C’est pourquoi des muscles proximaux sont souvent utilisés. Seulement ceux-ci n’ont bien souvent rien à voir avec la partie du corps que l’on veut faire bouger (par exemple des muscles pectoraux pour faire bouger le coude d’une prothèse) ce qui rend la tâche très difficile car peu intuitive pour le patient. Un apprentissage spécifique doit ainsi être mis en place pour entraîner la personne à utiliser son appareillage, mais celui-ci est très long et assez lourd. Pour cette raison, la plupart d’entre eux finissent par abandonner le port de la prothèse car elle est trop dure et fatigante à utiliser.

Todd KuikenEn 2004, le docteur américain Todd Kuiken a mis au point une méthode pouvant répondre à ce problème. Il faut savoir que dans la grande majorité des cas, le système nerveux des amputés reste intacte et ainsi leur cerveau est toujours capable d’envoyer le message correspondant au mouvement désiré des membres absents. Ce message se perd car il va arriver au bout d’un nerf sectionné qui n’est plus relié à un muscle. Kuiken eu l’idée de rediriger ces nerfs vers un groupe de muscles alternatifs (intacts) qui n’est biomécaniquement plus fonctionnel depuis qu’il n’est plus rattaché au membre manquant. C’est ce qu’il appelle la réinnervation musculaire ciblée ou TMR (Targeted Muscle Reinnervation).

La procédure consiste à dénerver le muscle de rechange, appelé muscle ciblé. C’est à dire que tous les nerfs normalement connectés à ce muscle sont retirés. Ensuite on le réinnerve avec des nerfs du membre amputé qui ont été redirigés vers ce muscle. Au cours de l’opération, des tissus sous-cutanés sont enlevés afin d’à terme permettre une meilleure qualité de signal enregistré par électromyogramme sur la zone.

A la suite de cette opération chirurgicale lorsqu’un patient va vouloir effectuer un mouvement avec son membre amputé, le message nerveux va être transmis grâce au nerf correspondant au muscle ciblé. Ainsi, les signaux musculaires de celui-ci correspondent en réalité à ceux du muscle amputé.

Grâce à cette procédure, Kuiken rend l’utilisation des muscles proximaux plus intuitive. En effet le patient n’aura plus qu’à penser à faire bouger son membre absent pour faire bouger son équivalent sur la prothèse, plutôt que de devoir se concentrer afin de contracter un muscle qui n’a rien à voir avec celui-ci. Ainsi, il n’y a pas vraiment d’apprentissage à mettre en place pour l’utilisation d’une prothèse adaptée à la TMR.

Cette technique a l’avantage de ne pas nécessiter d’implants : tout ce qui est utilisé pour la réaliser fait déjà partie du corps du patient. Ainsi, il n’y a pas de réponse du système immunitaire et donc pas de rejet. Cela limite considérablement le taux d’échec de la procédure.

L’opération comporte toute de même des risques : la paralysie permanente du membre ciblé, la récurrence d’une douleur de membre fantôme, le développement de névromes douloureuses, en plus des risques standards causés par une lourde intervention chirurgicale.

Les scientifiques continuent leurs recherches afin d’améliorer cette technique. Ils essaient par exemple de développer la réinnervation sensorielle ciblée. Seulement à l’heure actuelle, l’avancée de leurs travaux se heurte aux limites des prothèses myoélectriques disponibles sur le marché.


Sources :

  • Kuiken T. Targeted reinnervation for improved prosthetic function
  • Kuiken TA, Miller LA, Lipschutz RD, Lock BA, Stubblefield K, Marasco PD, Zhou P, Dumanian GA – Targeted reinnervation for enhanced prosthetic arm function in a woman with a proximal amputation: a case study
  • http://neuroprothese-du-bras-et-mouvement.e-monsite.com/pages/fonctionnement-de-la-prothese/reinnervation-musculaire-ciblee.html